Biais psychologiques en trading

biais psychologiques

Il existe deux catégories de biais psychologiques : les biais cognitifs et les biais émotionnels. Les premiers portent sur les connaissances et les croyances de l’individu qui influeront sur sa prise de décision et les seconds concernent l’influence d’états émotionnels universels.

1. Biais psychologiques cognitifs

Les biais psychologiques cognitifs portent sur les croyances et les connaissances de l’intervenant qui le conduiront à prendre des décisions irrationnelles. L’éducation de l’intervenant, les connaissances qu’il a acquises, son niveau de formation et ses différentes expériences professionnelles auront un impact important sur ses prises de décision. Tous ces éléments auront pour conséquence d’amener l’intervenant à ne voir que ce qu’il a appris à voir. Ainsi, pour une même situation, deux individus interpréteront différemment. Daniel KAHNEMAN, expert en psychologie cognitive et  Amos TVERSKY, expert en psychologie mathématique, ont démontré que les intervenants étaient soumis à des cheminements intellectuels qui viennent biaiser leur prise de décision.

La majorité des intervenants sont par exemple soumis à une forme d’heuristique de disponibilité dans laquelle ils font appel à des raccourcis mentaux, notamment pour éliminer la douleur procurée par le processus complexe de traitement de l’information. Ils préfèrent adopter directement le même comportement que ce qu’ils ont déjà vécu pour une situation similaire, souvent par manque d’information. Par exemple, ils entrent en position à l’achat sur un titre après la hausse d’un titre comparable. Ils font appel à une information facilement accessible, récente, personnelle au lieu d’essayer d’analyser la situation froidement de manière objective. Toutes les configurations graphiques doivent être analysées objectivement, ainsi que le tracé des lignes de supports et résistances. Tracer une ligne de support parce que l’on se convainc que les cours vont s’arrêter à ce niveau-là n’est pas tout à fait objectif.

Les biais psychologiques de conservatisme et de confirmation sont aussi très présents sur les marchés. Les individus victimes du biais de conservatisme vont surpondérer les éléments qui viennent confirmer leurs opinions. Par exemple, si un intervenant pense qu’un titre va augmenter fortement, il entrera en position long dès que le titre aura commencé une petite hausse, et ce, sans même avoir pris en compte les configurations graphiques objectives (double top, triple top, épaule-tête-épaule, volumes en baisse dans un mouvement haussier, triangle descendant, résistance, etc.).

Plus grave encore, les individus victimes du biais de confirmation ne vont rechercher que les informations venant valider leurs opinions et cherchent à éviter toute information qui pourrait être contraire à leurs convictions. Il s’agit d’un biais que l’on peut qualifier de « dissonance cognitive », où l’individu ne cherche qu’à avoir raison. Cette analyse totalement subjective des marchés peut conduire à la ruine sans délai. Par exemple, lors d’un mouvement baissier, un intervenant qui a la conviction que le marché va repartir à la hausse va entrer directement en position à l’achat à l’approche d’un support, sans attendre le rebond. Le marché continuera à la baisse, franchissant le support et continuant son chemin. L’intervenant, ayant toujours la conviction que le marché va se redresser et pour éviter la douleur procuré par l’encaissement de la perte (partant du principe « pas vendu pas perdu » (nous étudierons ce comportement dans la prochaine sous-partie)), commence à moyenner à la baisse. C’est cette attitude dévastatrice qui le mènera à la banqueroute. Il faut toujours garder à l’esprit que « le marché peut avoir tort plus longtemps que vous ne pouvez vous permettre de rester solvable ».

2. Biais psychologiques émotionnels

Les biais psychologiques émotionnels portent sur l’influence des émotions agissant sur les individus lors de leur prise de décision. Daniel KAHNEMAN et Amos TVERSKY ont démontré qu’une perte réalisée par un individu était perçue comme étant beaucoup plus douloureuse que la satisfaction procurée par un gain du même ordre. C’est ce qui explique qu’en étant dans une phase de gain, l’intervenant aura tendance à vouloir prendre ses bénéfices, alors que dans une phase de perte, l’intervenant ne souhaite pas couper sa position et la laisse courir dans l’espoir de la voir rebondir et revenir à l’équilibre. Ce phénomène a été mis en évidence dans la « Théorie des Perspectives » de Daniel KAHNEMAN et Amos TVERSKY en 1979.

Ce graphique indique clairement la façon dont se comporte un individu lors des phases de gains et de pertes. Dans la phase de gain, l’individu est riscophobe et prend rapidement ses bénéfices alors qu’en phase de pertes, il est riscophile et espère un retour à l’équilibre.

3. A la recherche du système de trading idéal

Pour illustrer ce type de comportement soumis aux biais psychologiques, voici un exemple. On propose à un individu un système de trading qui perd 8 fois sur 10. Ce système sera-t-il accepté ? Il est quasiment certain que la majorité des individus soumis à ce type de question réponde non. Or, ce système n’est pas plus à rejeter qu’un autre et peut même s’avérer très rentable, bien sûr à condition qu’il permette de gagner en moyenne au moins quatre fois plus qu’il ne fait perdre. Ainsi, un système de trading qui fait perdre 1 000 $ par trade 8 fois et qui génère 4 000 $ de gain par trade 2 fois, équivaut au point mort (aucune perte, aucun gain). Dès lors que le système permet de gagner plus que 4 fois le montant des pertes, il peut être judicieux de le prendre en compte.

Dans la même idée, un système de trading qui permet à un individu de générer 1 000 $ de gain par trade et qui fait perdre 1 500 $ par trade est-il un bon système ? Encore ici, la majorité des individus rejetteront le système sans délai. Or, il suffit simplement de se poser la question de savoir si le système permet de gagner en moyenne plus de 3 fois sur 5.

Il est donc clair par ces exemples que l’individu a une propension naturelle à rejeter tout système qui lui ferait penser qu’il perdra de l’argent, sans même prendre le temps de se poser les bonnes questions. Il faut garder à l’esprit qu’il n’existe pas de système de trading parfait, qui permet 100 % de réussite sans aucune perte. Cela se saurait.

Alors, face à tous ces biais psychologiques, quel est le bon comportement à adopter ? L’intervenant sur le marché doit avant tout savoir que les pertes font partie intégrante de l’activité boursière. Le placement des stops ne doit en aucun cas être remis en cause, même si la perte peut paraître douloureuse. Il doit aussi savoir que très souvent, les opérateurs perdent plus qu’ils ne gagnent. Simplement, lorsqu’ils gagnent, le montant est plus important et permet donc de compenser les pertes et même d’engranger des bénéfices. Il doit toujours veiller à agir froidement les marchés, de manière totalement objective.

Idéalement, une perte ne doit avoir aucun effet de traumatisme pour l’intervenant et un gain ne doit lui procurer aucune euphorie. C’est en pratique impossible, mais pour durer sur les marchés, il faut essayer de se rapprocher le plus possible de ce comportement. Le risque doit également être son quotidien. Il doit apprendre à le gérer et non à le fuir. Il faut également qu’il sache rester humble et éliminer tout ego. Ne pas chercher à avoir raison à tout prix et essayer d’identifier les opportunités qui se présentent (ne pas chercher à la créer) doit guider l’individu dans le processus de prise de position.

Tous ces éléments, pris en compte, permettent de mieux appréhender les marchés et d’établir des stratégies en toute sérénité. Analyser les cours, essayer de repérer des configurations graphiques, de décomposer la formation des cours, tout cela amène l’individu à essayer de trouver la meilleure stratégie. L’une des plus connues, mais pas la plus utilisée, concerne les décompositions en vagues des cours boursiers, plus connue sous le nom des « vagues d’Elliott ». En prenant en considération tout ce qui a été étudié précédemment, à savoir les fondements de l’analyse technique, la psychologie des intervenants qui s’y applique, notamment au travers de la finance comportementale, il est possible d’étudier de manière optimale les décompositions en vagues et de déterminer quelle est la meilleure manière d’utiliser cette stratégie, depuis les prémices à son apogée.

N’oubliez pas de consulter notre précédent article portant sur les grands principes de l’analyse technique.

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