Finance Comportementale – qu’est-ce que c’est ?

    finance comportementale

    1. Finance Comportementale et Psychologie des investisseurs par les mouvements de foules

    La Finance Comportementale est irrémédiablement ancrée en nous. Les cours sont le véritablement reflet de la psychologie des investisseurs. En effet, derrière les ordinateurs, bien qu’ils soient en partie automatisés, se cachent des individus qui prennent des décisions en fonction de leurs savoirs et de leurs convictions, mais également de leur humeur lors de la prise de décision.

    L’Hypothèse d’Efficience des Marchés, concept élaboré par Eugene FAMA lors de ses travaux sur le MEDAF (Modèle d’Evaluation Des Actifs Financiers), sous-tend que les coûts de transactions sont nuls, que toute l’information disponible est gratuite et que tous les agents agissent de manière rationnelle, qu’ils analysent les données froidement sans aucune émotion, ce qui leur permet de maximiser leur espérance de gain. Mais s’il est vrai que les marchés ne peuvent être totalement efficients du fait de la psychologie et des différents biais qui interviennent lors de la prise de décision, cette efficience est bien présente lors de certaines phases de marchés. Ces phases correspondent au Cycle d’Accumulation-Distribution développé par Charles DOW.

    La finance comportementale joue un rôle très important dans la compréhension de l’analyse technique, car elle permet une meilleure interprétation de tel ou tel événement, comme le franchissement d’un support ou d’une résistance majeure, ou encore telle ou telle configuration graphique.

    Les biais les plus courants en finance comportementale sont les mouvements de foules. C’est un concept primordial qu’il convient de bien définir au sens psychologique. Une foule n’est pas qu’un simple rassemblement d’individus. La foule élimine toute personnalité des individus la composant et constitue le reflet même de l’inconscient. Les convictions individuelles sont remises en cause et une idée directrice guide l’âme collective de la foule. C’est ce que Gustave LE BON appelle « la loi de l’unité mentale des foules »[1]. En ce sens, une dizaine de personnes réunies dans un but précis avec une même idée directrice et donc sans personnalité consciente individuelle, pourra constituer une foule au point de vue psychologique. En revanche, un millier de personnes réunies par pur hasard ne le sera pas, étant donné la personnalité propre à chacune des personnes. Pour résumer ce point, une foule est constituée d’individus qui ont des pensées, des occupations, des styles de vie, des caractères et des convictions divergentes, mais qui suivent une seule et même idée directrice en agissant différemment de la manière dont ils auraient agi s’ils étaient seuls.

    Ce que l’on peut ajouter, c’est que bien que deux personnes puissent avoir un niveau intellectuel très différent l’une de l’autre, leur différence de caractère (passion, sentiments…) peut être quasi-nulle. C’est ce qui peut expliquer les mouvements de foules, dans lesquels s’évanouissent les aptitudes intellectuelles de chacun.  

    Du comportement des foules découle les comportements moutonniers. Un intervenant a toujours tendance à suivre une autre personne qu’il pense plus qualifiée. Soit cette personne dispose réellement d’une information valable et donc l’intervenant a bien fait de la suivre, soit la personne suivie a pris une mauvaise décision et alors l’intervenant se trouvera dans la même situation. L’analyse technique a pour principe l’efficience des marchés (comme décrit plus haut). Mais si les cours escomptent toute l’information disponible, toute information nouvelle est imprévisible. En Finance Comportementale, Il est donc injuste de penser que qu’une autre personne a la capacité de prévoir quelque événement que ce soit. Le mimétisme est particulièrement présent avec le concept de « consensus de marché ».

    La plupart des intervenants agissent de la même manière aux consensus et aux nouvelles d’ordres macroéconomiques ou microéconomiques : c’est le reflet même de la Finance Comportementale. Si les résultats d’une société sont supérieurs au consensus de marché, alors tout le monde adopte la même posture et sont par exemple, long sur le titre en question. Inversement, en cas de résultats inférieurs au consensus, ils seront davantage short. Le fait de recevoir des informations corrélées incite à agir de la même manière. Le problème qui se pose alors est le timing, car ces événements sont intégrés très rapidement aux cours (principe d’efficience) et il est alors difficile de profiter de toute l’ampleur du mouvement.

    Les analyses graphiques effectuées par les analystes en Finance Comportementale ont aussi un grand impact sur le comportement moutonnier des individus. Par exemple, si plusieurs analystes définissent un seuil majeur, par exemple une résistance majeur à 110.91 pour la paire EUR/YEN, tous les intervenants qui suivent ces analyses auront tendance à réagir à l’approche de ce seuil : prise de bénéfices à l’approche de la résistance, ou prise de position à l’achat en cas de franchissement de ce seuil (voir graphique 3).

    Graphique 3 : Graphique journalier de l’EUR/YEN. Quelle ferait l’investisseur à ce moment-là précis ? On s’attend à ce que les cours viennent au contact de la résistance majeur et repartent à la baisse. La majorité des intervenants profiteront de ce moment pour prendre leurs bénéfices ou pour vendre à découvert.

    Voici comment les cours ont évolués par la suite (voir graphique 4). Seuls les astucieux ont su attendre le bon moment avant d’entrer en position (franchissement de la résistance).

    Graphique 4 : Suite du graphique journalier de l’EUR/YEN. Les cours ont traversés la résistance majeure avant de poursuivre son mouvement à la hausse.

    Ces deux graphiques montrent bien que la fixation de cette résistance dans cette zone-là a constitué une zone de prise de décision, aussi bien pour les intervenants bullish que bearish.

    D’autres analystes auront vu une autre résistance majeure (par exemple le support  juste en-dessous), pas obligatoirement placée à ce même niveau précis. Les intervenants qui suivent ces autres analystes auraient établi des stratégies différentes. Les recommandations émises par les analystes vont bien évidemment dans ce sens. Et plus ces recommandations proviennent d’analystes reconnus (de grandes banques internationales par exemple), plus elles auront de chances d’être suivies.

    En outre, un intervenant sur le marché préfère toujours avoir tort collectivement que raison. En effet, le risque qu’il ressent, s’il adopte un comportement éloigné de celui des autres intervenants du marché, est beaucoup plus élevé que s’il suivait les autres, même en ayant ses propres convictions. En cas d’erreur, il imputera volontiers cette perte à un mauvais signal reçu par l’ensemble des intervenants et ne remettra pas en cause sa compétence. Ce biais peut être dévastateur.

    LAKONISHOK, SHLEIFER et VISHNY ont défini une mesure statistique, appelée LSV, représentant la tendance moyenne d’un groupe à adopter un comportement mimétique. En d’autres termes, leur tendance à acheter simultanément des actions alors qu’ils n’auraient pas agi de cette manière isolément.

    On peut donc mesurer ce comportement de la manière suivante :

    Avec B(i,t) et  S(i,t) le nombre d’investisseurs qui achètent (ou vendent) i représentant les actions achetées (ou vendues), t le trimestre, H(i,t) la mesure du comportement mimétique par rapport à l’action i pour le trimestre t. p(i,t) représente la proportion des investisseurs achetant des actions i et p(t)correspond à la moyenne de p(i,t) sur l’ensemble des actions i qu’un au moins des intervenants a négocié. Pour terminer, AF(i,t) représente le facteur d’ajustement pouvant être défini de la manière suivante :

    On considère que l’espérance est calculée sans absence de mimétisme. En conséquence, B(i,t) suit une loi Binomiale de paramètre p(t).

    Le facteur d’ajustement AF(i,t) est nul si  est élevé, car p(i,t) tend vers p(t) quand le nombre d’intervenants s’accroît sur le marché. En revanche, lorsque  est faible, le facteur d’ajustement est positif. Il est possible d’interpréter des comportements mimétiques lorsque H(i,t) donne des valeurs très différentes de zéro.

    Ces comportements sont le reflet d’une bonne partie des intervenants sur les marchés, alors qualifiés de « suiveurs ». Mais il apparaît important de préciser que bon nombre d’autres facteurs entrent en compte lors de la prise de décision d’un individu, en particulier les biais liés à l’état même de la personne.

    2. Biais cognitifs et émotionnels en Finance Comportementale

    Il existe deux catégories de biais psychologiques : les biais cognitifs et les biais émotionnels. Les premiers portent sur les connaissances et les croyances de l’individu qui influeront sur sa prise de décision et les seconds concernent l’influence d’états émotionnels universels.

    2.1. Biais cognitifs

    En Finance Comportementale, les biais cognitifs portent sur les croyances et les connaissances de l’intervenant qui le conduiront à prendre des décisions irrationnelles. L’éducation de l’intervenant, les connaissances qu’il a acquises, son niveau de formation et ses différentes expériences professionnelles auront un impact important sur ses prises de décision. Tous ces éléments auront pour conséquence d’amener l’intervenant à ne voir que ce qu’il a appris à voir. Ainsi, pour une même situation, deux individus interpréteront différemment. Daniel KAHNEMAN, expert en psychologie cognitive et Amos TVERSKY, expert en psychologie mathématique, ont démontré que les intervenants étaient soumis à des cheminements intellectuels qui viennent biaiser leur prise de décision.

    La majorité des intervenants sont par exemple soumis à une forme d’heuristique de disponibilité dans laquelle ils font appel à des raccourcis mentaux, notamment pour éliminer la douleur procurée par le processus complexe de traitement de l’information. Ils préfèrent adopter directement le même comportement que ce qu’ils ont déjà vécu pour une situation similaire, souvent par manque d’information. Par exemple, ils entrent en position à l’achat sur un titre après la hausse d’un titre comparable. Ils font appel à une information facilement accessible, récente, personnelle au lieu d’essayer d’analyser la situation froidement de manière objective. Toutes les configurations graphiques doivent être analysées objectivement, ainsi que le tracé des lignes de supports et résistances. Tracer une ligne de support parce que l’on se convainc que les cours vont s’arrêter à ce niveau-là n’est pas tout à fait objectif.

    En Finance Comportementale, le biais de conservatisme et le biais de confirmation sont aussi très présents sur les marchés. Les individus victimes du biais de conservatisme vont surpondérer les éléments qui viennent confirmer leurs opinions. Par exemple, si un intervenant pense qu’un titre va augmenter fortement, il entrera en position long dès que le titre aura commencé une petite hausse, et ce, sans même avoir pris en compte les configurations graphiques objectives (double top, triple top, épaule-tête-épaule, volumes en baisse dans un mouvement haussier, triangle descendant, résistance, etc.).

    Plus grave encore, les individus victimes du biais de confirmation ne vont rechercher que les informations venant valider leurs opinions et cherchent à éviter toute information qui pourrait être contraire à leurs convictions. Il s’agit d’un biais que l’on peut qualifier de « dissonance cognitive », où l’individu ne cherche qu’à avoir raison. Cette analyse totalement subjective des marchés peut conduire à la ruine sans délai. Par exemple, lors d’un mouvement baissier, un intervenant qui a la conviction que le marché va repartir à la hausse va entrer directement en position à l’achat à l’approche d’un support, sans attendre le rebond. Le marché continuera à la baisse, franchissant le support et continuant son chemin. L’intervenant, ayant toujours la conviction que le marché va se redresser et pour éviter la douleur procuré par l’encaissement de la perte (partant du principe « pas vendu pas perdu » (nous étudierons ce comportement dans la prochaine sous-partie)), commence à moyenner à la baisse. C’est cette attitude dévastatrice qui le mènera à la banqueroute. Il faut toujours garder à l’esprit que « le marché peut avoir tort plus longtemps que vous ne pouvez vous permettre de rester solvable ».

    2.2. Biais émotionnels

    En Finance Comportementale, les biais émotionnels portent sur l’influence des émotions agissant sur les individus lors de leur prise de décision. Daniel KAHNEMAN et Amos TVERSKY ont démontré qu’une perte réalisée par un individu était perçue comme étant beaucoup plus douloureuse que la satisfaction procurée par un gain du même ordre. C’est ce qui explique qu’en étant dans une phase de gain, l’intervenant aura tendance à vouloir prendre ses bénéfices, alors que dans une phase de perte, l’intervenant ne souhaite pas couper sa position et la laisse courir dans l’espoir de la voir rebondir et revenir à l’équilibre. Ce phénomène a été mis en évidence dans la « Théorie des Perspectives » de Daniel KAHNEMAN et Amos TVERSKY en 1979.

    Ce graphique indique clairement la façon dont se comporte un individu lors des phases de gains et de pertes. Dans la phase de gain, l’individu est riscophobe et prend rapidement ses bénéfices alors qu’en phase de pertes, il est riscophile et espère un retour à l’équilibre.

    2.3. A la recherche du système de trading idéal

    Pour illustrer ce type de comportement, voici un exemple. On propose à un individu un système de trading qui perd 8 fois sur 10. Ce système sera-t-il accepté ? Il est quasiment certain que la majorité des individus soumis à ce type de question réponde non. Or, ce système n’est pas plus à rejeter qu’un autre et peut même s’avérer très rentable, bien sûr à condition qu’il permette de gagner en moyenne au moins quatre fois plus qu’il ne fait perdre. Ainsi, un système de trading qui fait perdre 1 000€ par trade 8 fois et qui génère 4 000€ de gain par trade 2 fois, équivaut au point mort (aucune perte, aucun gain). Dès lors que le système permet de gagner plus que 4 fois le montant des pertes, il peut être judicieux de le prendre en compte.

    Dans la même idée, un système de trading qui permet à un individu de générer 1 000€ de gain par trade et qui fait perdre 1 500€ par trade est-il un bon système ? Encore ici, la majorité des individus rejetteront le système sans délai. Or, il suffit simplement de se poser la question de savoir si le système permet de gagner en moyenne plus de 3 fois sur 5.

    Il est donc clair par ces exemples que l’individu a une propension naturelle à rejeter tout système qui lui ferait penser qu’il perdra de l’argent, sans même prendre le temps de se poser les bonnes questions. Il faut garder à l’esprit qu’il n’existe pas de système de trading parfait, qui permet 100 % de réussite sans aucune perte. Cela se saurait.

    Alors, face à tous ces biais, quel est le bon comportement à adopter ? L’intervenant sur le marché doit avant tout savoir que les pertes font partie intégrante de l’activité boursière. Le placement des stops ne doit en aucun cas être remis en cause, même si la perte peut paraître douloureuse. Il doit aussi savoir que très souvent, les opérateurs perdent plus qu’ils ne gagnent. Simplement, lorsqu’ils gagnent, le montant est plus important et permet donc de compenser les pertes et même d’engranger des bénéfices. Il doit toujours veiller à agir froidement les marchés, de manière totalement objective.

    Idéalement, une perte ne doit avoir aucun effet de traumatisme pour l’intervenant et un gain ne doit lui procurer aucune euphorie. C’est en pratique impossible, mais pour durer sur les marchés, il faut essayer de se rapprocher le plus possible de ce comportement. Le risque doit également être son quotidien. Il doit apprendre à le gérer et non à le fuir. Il faut également qu’il sache rester humble et éliminer tout ego. Ne pas chercher à avoir raison à tout prix et essayer d’identifier les opportunités qui se présentent (ne pas chercher à la créer) doit guider l’individu dans le processus de prise de position.

    Tous ces éléments, pris en compte en Finance Comportementale, permettent de mieux appréhender les marchés et d’établir des stratégies en toute sérénité. Analyser les cours, essayer de repérer des configurations graphiques, de décomposer la formation des cours, tout cela amène l’individu à essayer de trouver la meilleure stratégie. L’une des plus connues, mais pas la plus utilisée, concerne les décompositions en vagues des cours boursiers, plus connue sous le nom des « vagues d’Elliott ». En prenant en considération tout ce qui a été étudié précédemment, à savoir les fondements de l’analyse technique, la psychologie des intervenants qui s’y applique, notamment au travers de la finance comportementale, il est possible d’étudier de manière optimale les décompositions en vagues et de déterminer quelle est la meilleure manière d’utiliser cette stratégie, depuis les prémices à son apogée.


    [1] LE BON G. (1905), Psychologie des foules, Félix Alcan, 9ème édition, Paris

    Consultez également notre article sur l’Analyse Technique et sur le plan de Trading pour enlever tous biais comportemental.

    Je vous conseiller aussi très fortement de visionner la vidéo suivante qui vous démontre l’importance de ne pas négliger l’aspect émotionnel en trading.

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